Sep 21, 2016

Posted by in Actualitatea literara

Simona MODREANU – Rostirea şi gravura: o dinamică magică

LE SAULE PLEREUR

 

Jadis maman préparait un gâteau

dit Pain d’Espagne bicolore,

qui, à sa sortie du four,

emplissait l’air d’une suave senteur.

 

La couche d’en haut, était légère, moelleuse,

parfum de citron et couleur miel.

 

La couche d’en bas, noire, lourde et collante,

avait le savoureux arrière-gout du chocolat

qui me faisait convoiter encore une tranche. 

 

Étrange était la rencontre entre

les deux moitiés de gâteau si proches et si différentes.

Une ligne imprévisible, qui ondulait entre les couches,

les séparait clairement.

 

Maman disait :

La couche dorée a la saveur  des jours qui s’envolent…

La couche  chocolat, la sève de la terre,

garde un inoubliable gout d’antan…

 

Maintenant, bien plus tard,

j’essaie en vain de distinguer

la ligne qui a coupé ma vie en deux.

Est-elle semblable à la lisière sinueuse du gâteau de jadis ?

 

Ma vie a plutôt l’apparence

d’une énigmatique mangrove issue d’un saule pleureur.

Ses  racines nourrissent les pousses qui cherchent le soleil,

qu’une fois devenues des branches,

se cachent dans la glaise

comme effrayées par la pluie et le vent.

Dans ma mangrove touffue on ne distingue

aucune lisière séparant les racines des branches.

 

Pourtant, ma vie s’apparente à l’ancien gâteau bicolore,

en gardant l’amertume des jours éphémères

et l’ancienne saveur de la sève terrestre,

qui nourrit sans répit, mon saule qui pleure.

 

Saint-Laurent-du-Pont (Isère)

Juillet 2013

 

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